Histoire du boudoir

Le boudoir – la chambre secrète des femmes

Vous vous demandez peut-être pourquoi j’ai choisi le boudoir comme nom de marque pour mes bijoux. Pour moi, ce mot crée immédiatement un sentiment de féminité, de mystère et bien sûr quelque de chose de français. Et comme tout ce qui est français m’est proche et cher, très vite et naturellement ce mot est devenu LE BOUDOIR de Simonne… Mais voici un peu d’histoire pour dissiper les malentendus, et un peu de culture générale:-)

Будоарът на хотел Крион, пренесен и монтиран в Metropolitan Museum of Art в Ню Йорк

Le boudoir de l’hôtel de Crillon, déplacé et remonté au Metropolitan Museum of Art de New York

Souvent, le mot «boudoir» conduit à des associations avec les jeux de l’amour. Nous le devons en grande partie au marquis de Sade, connu pour ses vues libertines et ses œuvres qui sonnent comme une véritable apologie des plaisirs sexuels. D’ailleurs, l’une de ses œuvres s’intitule «Philosophie dans le boudoir» et raconte «l’entraînement» érotique d’une jeune fille de 15 ans d’une dame d’expérience, qui l’initie aux jeux d’amour et aux secrets les plus intimes de Vénus . Mais le boudoir, qu’est-ce que c’est exactement?

Le boudoir est un petit salon élégant, généralement situé entre la salle à manger et la chambre, spécialement conçu pour être utilisé par les dames et dans lequel elles se retirent lorsqu’elles veulent être seules ou parler à leurs amies ou confidents, peut-être un amoureux.

Architecture, mœurs etc…

L’apparition du boudoir dans les châteaux et hôtels particuliers français du XVIIIe siècle correspond à un changement de coutumes associé au développement des relations entre hommes et femmes, et a influencé la décoration intérieure et l’organisation des différents espaces de l’habitation. Alors que pour les bourgeois, l’expression publique dans les salons devient un moyen d’affirmation, les femmes passent une partie de leur temps dans des espaces plus intimes. En fait, le salon devient davantage un lieu de rassemblement pour hommes. Quant au boudoir, on ne peut que deviner comment cet espace féminin secret et exclusif a enflammé l’imaginaire masculin…

Ориенталският будоар на кралица Мария-Антоанета в двореца във Фонтенбло.

Le boudoir oriental de la reine Marie-Antoinette dans le palais de Fontainebleau.

Cette période est également caractérisée par un changement profond dans l’organisation de l’espace de vie, il n’est donc pas surprenant que le boudoir soit apparu juste à ce moment-là, bien sûr d’abord dans les demeures et les appartements aristocratiques. Dans les anciennes chambres «universelles», les meubles variaient du tout au tout. Au lieu d’une table à manger pour servir, on apportait des tréteaux qui étaient rangés immédiatement après le repas et la pièce servait à la fois de lieu d’accueil que de couchage. La «chambre», encore peu caractéristique pour la fin du XVIIe siècle, commença à se définir par rapport à la fonction qui lui était assignée, et ainsi apparurent la salle à manger, la salle de bain, et même le salon de réception. Le boudoir, s’il s’inscrit parfaitement dans ce mouvement de différenciation spatiale, est une exception, car il n’a en réalité pas d’autre fonction spécifique que de permettre à son propriétaire de se retirer et de l’utiliser comme bon lui semble.

Avant de choisir pour de bon le nom LE BOUDOIR de Simonne, j’ai lu divers articles et textes sur le sujet. En essayant d’en savoir plus sur cet espace légendaire, je me suis vite rendu compte que pour la plupart des gens que l’idée du boudoir est chargée d’une imagination qui ne coïncide pas complètement avec la réalité du XVIIIe siècle et est principalement due aux descriptions littéraires de ce lieu. Le boudoir apparaît pour la première fois dans un poème de 1726, alors qu’il n’apparaît dans les dictionnaires et encyclopédies que dans les années 1940. Mais pourquoi le percevons-nous comme un espace féminin ou même courtisan, alors que les descriptions montrent très clairement que dans les demeures et les appartements de l’époque, il s’agissait d’une pièce appartenant à la fois aux hommes et aux femmes? Pourquoi cette image d’un espace sexuel, alors que dans les textes historiques on trouve très peu de boudoirs avec vraiment cet usage? L’influence de la littérature vient en premier et la “Philosophie dans le boudoir” n’est que la partie visible de l’iceberg. Les textes littéraires qui racontent des expériences intimes dans le boudoir ou simplement sur le boudoir lui-même sont innombrables. La plupart datent de la seconde moitié du siècle, et on constate que cette pièce peut avoir de nombreuses applications: elle peut même être un cabinet d’espionnage politique! La preuve que le boudoir n’est pas seulement un espace d’expériences intimes a été trouvée dans le plan du palais épiscopal de Rennes, approuvé par le roi lui-même en 1764. C’est une petite pièce avec une cheminée et une vue sur le jardin – des éléments assez représentatifs de la plupart des boudoirs de l’époque. Les plans architecturaux des appartements de Louis XV prévoyaient également un boudoir.

Архитектурен план на партерния етаж на епископския дворец в Рен - будоарът е в дясното крило, с пряка връзка с кабинета и изглед, врата и собствени стълби към градината.

Plan architectural du rez-de-chaussée du palais épiscopal de Rennes – le boudoir se situe dans l’aile droite, avec une connexion directe au bureau et une vue, une porte et son propre escalier menant au jardin.

Étonnamment, à la fin du siècle, le boudoir fait son apparition dans des résidences plus modestes – des appartements de quatre ou cinq pièces seulement. Dans ces habitations il y avait trois pièces principales, que nous pourrions appeler des pièces auxiliaires – une chambre, une salle de bains et une salle à manger – et deux pièces utilisées pour recevoir des invités et pour s’isoler, qui étaient respectivement le salon et le boudoir. C’est dans ces résidences que la fonction de cette pièce est finalement la plus claire, car son opposition au salon montre qu’elle est destinée à servir plus de lieu de repos que de lieu d’accueil, ce qui peut parfois arriver dans la plupart des hôtels aristocratiques.

Le véritable tournant de l’histoire du boudoir s’est effectivement produit au début du XIXe siècle. À ce stade, le boudoir devient l’incarnation des fantasmes masculins, qui ne correspondent pas aux boudoirs authentiques. Empreint de féminité, le boudoir, autrefois conçu comme un espace de liberté à la maison, n’est plus considéré comme la chambre d’une femme respectée, épouse et mère, mais devient l’antre de la courtisane. Cette idée était marginale au XVIIIe siècle, mais continua à se développer dans la littérature et finit par émerger comme une description du boudoir au fil des siècles.

Mais à quoi ressemblait le boudoir au XVIIIe siècle?

L’emplacement du boudoir était relativement isolé, proche de la chambre, de la salle de bain et du dressing. Presque chaque boudoir avait une cheminée, créant une atmosphère chaleureuse et cosy, et les fenêtres s’ouvraient sur le jardin, sur une vue agréable. Le boudoir était un espace très personnel, entièrement aménagé selon les goûts et les caprices de l’occupant. Une bibliothèque diversifiée, un bureau élégant, un canapé moelleux et des objets de valeur complétaient l’atmosphère. Après tout, cet espace était une pièce très moderne: un espace sans fonction particulière et qui ne peut être défini que selon les souhaits de l’occupant. C’est du jamais vu dans l’histoire de l’habitation!

Je boude, tu boudes, elle boude… D’où vient le mot boudoir ?

Le mot est censé provenir du verbe bouder. Cependant, il serait réducteur de n’adhérer qu’à cette explication: au XVIIIe siècle, le mot était déjà chargé d’une connotation infantilisante. Cela semble un peu réducteur de déterminer une partie de l’espace de vie uniquement par ce terme. Cependant, il peut se rapprocher du mot «boude» du français de l’époque, qui signifie «ventre», et cette comparaison ferait du boudoir un cocon chaleureux, où l’on se retirerait pour s’immerger, sans forcément être de mauvaise humeur. De plus, «boudoir» s’apparente au mot anglais «bower», qui à juste titre signifie un cabinet privé XVIIIe siècle. Puisque l’apparition du mot en français survient dans une période de relative anglophilie, il est possible que son origine soit anglo-saxonne. En tout cas, il est peu probable que les contemporains du boudoir aient pensé qu’il n’était utilisé que pour «bouder». Le boudoir est avant tout une sorte de cabinet, avec tous les usages qu’il implique, du choix d’une tenue à une agréable journée de repos.

Et avez-vous mangé du boudoir ??

Bon, je n’ai jamais vu de gâteaux décorés comme des boudoirs, mais j’adore manger des boudoirs, surtout avec le café. Vous en avez très certainement mangé aussi, surtout si vous aimez le tiramisu! Mais de quoi parle-t-on?

Le boudoir est un biscuit sec et croquant de forme allongée et saupoudré de sucre en poudre. Utilisé traditionnellement en accompagnement d’un verre de vin ou de champagne, ainsi que pour la préparation de la Charlotte et du Tiramisu. Le biscuit croquant aurait été l’invention de l’un des plus grands chefs, le français Marie-Antoine Karem – le premier cuisinier de l’histoire de la gastronomie à porter le titre de chef, créateur de la toque. On raconte que Karem a créé ce biscuit spécialement pour Talleyrand et que son nom vient de la réputation de l’homme politique de pratiquer la “diplomatie de boudoir”.

Si vous avez lu jusqu’à la fin, alors vous avez trouvé ça intéressant! C’est pourquoi je vais vous raconter différentes histoires de boudoirs de dames célèbres et moins connues de l’histoire dans mon blog.